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en cours sur le dispositif GreffAdapt (Thèse de Pierre Gastou).
Comment le porte-greffe régule-t-il les réponses au déficit hydrique ?
La tolérance à la sécheresse des porte- greffes est bien connue empiriquement, mais les mécanismes qui la sous-tendent ne sont pas clairement identifiés. L’iden- tification de caractères associés à la tolérance à la sécheresse est pourtant importante afin de caractériser le plus précocement possible, au stade plantule, les candidats porte-greffes qui seraient performants. Pour comprendre comment le porte-greffe peut agir sur l’adaptation à la sécheresse, trois catégories de mé- canismes sont identifiées : la première concerne la capacité d’extraction de l’eau par les racines ; la seconde, le transfert de l’eau du porte-greffe vers le greffon ; et la troisième, les pertes en eau par le feuillage et leurs régulations induites par le porte- greffe.
Dans le cadre d’études sur l’anatomie du système racinaire, il a été démontré que le 110R, tolérant à la sécheresse, avait un plus grand nombre de vaisseaux conducteurs que Riparia Gloire de Montpellier (RGM), sensible à la sécheresse, et ce quel que soit le statut hydrique auquel ils étaient soumis (Peccoux, 2011). Malgré des interactions porte-greffe x greffon significatives, des régions génétiques impliquées dans le contrôle de caractères racinaires tels que le nombre de racines, le nombre de pe- tites, moyennes et grosses racines ont été identifiées (Tandonnet et al., 2018 et Blois et al., 2023). Par ailleurs, des études réali- sées au vignoble ont établi que le 1103P, décrit comme tolérant à la sécheresse, se distingue par une plus grande production de racines en été que le 101-14MGt, dé- crit comme sensible (Alsina et al. 2011) (Figure 4A). Les travaux sur le système racinaire et la mise au point de techniques de mesures rapides font l’objet de toute notre attention.
Le transfert de l’eau du système raci- naire vers le greffon est souvent appré- hendé par des mesures de conductivité hydraulique. Les différences de produc- tion racinaires entraînent des différences de conductivité hydraulique au niveau racinaire (Alsina et al. 2011) (Figure 4B).
Figure 4 : Conductivité hydraulique au niveau racinaire du 101-14MG-t et du 1103P (B) et production racinaire au cours des saisons pour le 101-14MGt et le 1103P (A) issue de Alsina et al. (2011).
Technique
La sensibilité à l’embolie des vaisseaux conducteurs est bien corrélée à la to- lérance à la sécheresse chez de nom- breuses plantes ligneuses (Delzon et Co- chard, 2014). Des travaux conduits chez la vigne ont souligné la grande résistance à l’embolie des trois porte-greffes étudiés, RGM, SO4 et 110R (Lamarque et al. 2023). Toutefois, chez la vigne, la relation directe et simple entre des mesures de résistance à l’embolie et la tolérance à la sécheresse connue au vignoble n’est pas établie pour un large de panel de porte-greffes.
Le porte-greffe influence la vigueur conférée et donc la taille du feuillage, la transpiration diurne et nocturne du greffon (Bianchi et al., 2022) mais également sa ré- gulation en conditions de déficit hydrique (Marguerit et al., 2012). Des régions géné- tiques ont également été identifiées mais elles sont nombreuses et expliquent une petite part de variabilité observée. Autre- ment dit, aucun gène majeur n’a été identi- fié comme cela peut être le cas pour la ré- sistance au mildiou et à l’oïdium. À partir du travail conduit sur le dispositif GreffAdapt, l’efficience d’utilisation de l’eau, estimée par le δ13C, permet de mettre en évidence un effet porte-greffe sans que nous puis- sions relier les différences observées aux connaissances empiriques de terrain. Les travaux se poursuivent en particulier pour étudier le maintien du rendement en condi- tions de déficit hydrique modéré à intense.
Les résultats obtenus en 2022 ont mon- tré que les porte-greffes actuels se sont bien comportés (Figure 5). Le scénario hydrique en 2022 était toutefois particulier avec plusieurs vagues de chaleur au cours de l’été entraînant certainement un fort stress thermique et un déficit hydrique qui s’est installé progressivement au cours de la saison végétative. Les effets cumulés de ces deux stress pendant plusieurs années similaires restent encore inconnus. Les résultats de la vigueur conférée, obtenus avec Cabernet-Sauvignon comme greffon, permettent d’ores et déjà une classifica- tion quantitative (Tableau 1). Ces résultats peuvent surprendre (ici par exemple, RGM se retrouve dans la même classe de vigueur conférée que le SO4). Les poids des bois à la souche confirment cette classification obtenue pour trois années sur un dispositif où les vignes sont jeunes (< 7ans) et où le statut azoté n’est pas limitant.
Les résultats acquis soulignent l’im- portance de poursuivre les efforts de re- cherche pour caractériser le système raci- naire au vignoble avec des plants de vigne adulte, portant des raisins.
Conclusion
Par son rôle crucial à l’interface entre le sol et le greffon, le porte-greffe et son architecture racinaire doivent être mieux caractérisés dans le cadre d’expérimenta-
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