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Le vignoble français fait face à un dépérissement qui a impliqué la mise en œuvre d’un plan national
(www.plan-deperissement-vigne.fr). Ce processus, qui conduit à une baisse de rendement, de vigueur et de la longévité des vignobles, est causé par de multiples facteurs. Ils peuvent s’expliquer par des pathologies (maladies du bois, court-noué, maladies fongiques ou ravageurs an- nuels...), les conditions environnementales de la parcelle (statuts azoté et hydrique) et du millésime (aléas climatiques tels que la grêle ou le gel), des caractéristiques de la parcelle (nombre de pieds manquants, le cépage, le porte-greffe...) ou les pratiques culturales (charge en bourgeons à la taille, entretien du sol, fertilisation...).
Les porte-greffes font l’objet d’une im- portante connaissance empirique. Toute- fois, il manque de nombreuses données quantitatives pour mieux comprendre leur rôle dans le dépérissement des vignobles. Par exemple, il est aisé de citer un porte- greffe tolérant à la sécheresse mais il est extrêmement complexe de quantifier le ni- veau de tolérance à la sécheresse et d’en identifier des caractères marqueurs qui pourraient se mesurer très précocement au cours des programmes d’amélioration variétale. L’UMR EGFV (Écophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne) est la seule unité française qui effectue des recherches en lien avec le porte-greffe de vigne et porte son programme d’amélio- ration. Ce dernier s’appuie sur deux stra- tégies : la première consiste en la création de nouveaux porte-greffes (à partir de croisements entre une variété mâle et une variété femelle) et la seconde repose sur la caractérisation de porte-greffes existants, effectuée tout particulièrement grâce au dispositif GreffAdapt (Marguerit et al. 2019). En préambule, il est crucial de rap- peler que le porte-greffe permet de résister de manière durable contre le phylloxéra, toujours présent dans nos vignobles.
Cet article est centré sur l’effet que peut avoir le porte-greffe sur trois causes pos- sibles de dépérissement : le court-noué, l’esca et la sécheresse.
Le porte-greffe, un moyen de lutter contre le virus du court-noué
Le court-noué est une maladie causée par des virus transmis à la vigne par des nématodes du sol appartenant au genre Xiphinema. En plus de symptômes sur le feuillage (décoloration, rabougrissement), il cause de fortes baisses de rendement, entraîne une forte réduction de la vigueur des ceps et peut conduire à la mort des souches. La gravité du court-noué est souvent mal évaluée, notamment parce que l’expression des symptômes peut être discrète. Suite à des évaluations effec- tuées sur une parcelle contaminée dans la région de Cognac, il ressort que les souches porteuses du virus mais asymp- tomatiques sont caractérisées par une baisse de rendement de 27 % (communi- cation personnelle BNIC et CVC). Au cours de prospections réalisées dans le cadre de la sélection variétale dans le vignoble charentais sur les 20 dernières années, il apparaît que 75 % des souches d’Ugni blanc peuvent être porteuses des virus du court-noué sans expression de symp- tômes (communication personnelle BNIC et CVC). Ainsi, si on extrapole ces observa- tions, on peut estimer à environ 20 % les pertes de rendement dues à cette mala- die. Mais les diminutions de rendements peuvent être encore plus importantes. Ainsi le projet Coupré, déployé dans les Côtes du Rhône et en Gironde, a montré que quasiment aucune parcelle n’était in- demne des virus du court-noué quel que soit l’âge, le cépage ou l’ancienneté du vi- gnoble considéré. En Gironde, les pertes de récolte sur Merlot ou Cabernet-Sauvi- gnon dépassaient 80 % entre les ceps por-
Figure 1 : Illustration des graves pertes de rendement sur une souche positive au GFLV observées dans le cadre du projet COUPRE.
teurs du GFLV et ceux négatifs aux tests ELISA® de détection que les symptômes visuels soient faibles ou plus marqués (Dewasme et al., 2022a) (Figure1). Le repos du sol, associé ou non à des semis adaptés, reste à ce jour la seule pratique efficace pour limiter les recontaminations. Les travaux d’Alain Bouquet ont permis la création d’un porte-greffe, le Némadex Alain Bouquet, qui ralentit la multiplica- tion des nématodes vecteurs du virus du court-noué et retarde ainsi les contamina- tions. Toutefois, il ne donne pas entière satisfaction car il n’est pas tolérant au calcaire actif et à la sécheresse et confère une vigueur plutôt faible et des rende- ments limités (Dewasme et al. 2022b).
L’UMR EGFV réalise actuellement d’autres croisements entre Muscadinia rotundifolia, qui confère la résistance à
Technique
En quoi la diversité génétique des porte-greffes peut-elle permettre de lutter
contre les dépérissements ?
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